Maintenant que tu es mort



Maintenant que tu es mort, que tu as la mort pour toi, je peux te parler. Je n’ai pas de mort à qui parler car autour de moi, tous sont restés vivants. C’est donc aux vivants que j’ai pris l’habitude de parler. Maintenant, comme mort, j’ai toi à qui parler.

Le pouvais-je avant ? Te parler ? Vraie question ? Est-ce bien à toi que j’adressais mes demandes, mon désir ? D’ailleurs, je ne devrais pas dire parler mais écrire, ce qui n’est pas la même chose.

Mes désirs donc, était-ce bien à toi que je les adressais ? Mes demandes et mes désirs. Vraie question. Ceux-ci bien tissés de mots. Les tissages d’amour où la haine est toujours liée. Désirs et demandes tissés de mots. J’ai écrit mets.

Les mets ou l’aimer ? Les mets sont les aliments apprêtés, préparés pour un repas. Les mots sont l’apprêt du désir. Ou l’après. Ils sont la signature du manque. Les mots en pelote. Et les mets sans trop de sauce. Du moins c’est ainsi que je les aime. Sans trop de sauce. Pas secs non plus.

Mets, c’est dish en anglais, on n’est pas loin de déchets. Les mots sont les déchets du désir. Ce que le désir abandonne. Donne en pâture au manque. Sorte de recyclage.

Mets ou mais ? La communication non violente préconise de remplacer les « mais » par des « et ». Des « haies » bien entretenues. Rien qui ne dépasse. Des séparations franches – quand bien même le travail de coupe est à refaire perpétuellement.

Une chose ET une autre. Ma maison ET celle du voisin. Une haie entre les deux. Parfois, comme chez mes grands-parents, un miracle ouvre un portillon pour communiquer d’une maison à l’autre. C’était d’autant plus appréciable, qu’à côté il y avait une piscine. Là on pouvait dire : la maison de mes grands-parents MAIS la maison de Marthe et Raymond.

Ce portillon je m’en rappelle d’autant mieux, que c’est à travers son grillage que j’ai fait tomber le caillou sur la patte du chien de Marthe et Raymond, laquelle s’est brisée net. Le chien poussait de terribles cris qui alertèrent tout le monde et je pris une bonne rouste de mon grand-père. Gérard.

Je ne vois pas pourquoi il faudrait rejeter un mot comme ça, pour sa soi-disant violence. Le MAIS introduit une variation, qui existe. Pouvoir la nommer permet de la voir. Une chose mais une autre. Autrement dit l’ambivalence. Une chose pas toute. Comme si tout était simplement séparé, simplement à côté.

On sait ce que valent les séparations, toutes les frontières humaines : de simples essais. Rarement de franches murailles. Mais Berlin, mais la Chine. Pas d’éternité de frontière bien plus imaginaire que réelle. Parfois une ligne, un chemin, un ruisseau. Pourtant certaines barrières imaginaires sont plus solides que celle du garde barrière.

S’il faut des gardes, c’est que la barrière, la frontière ne se suffit pas à elle-même.

Et tous ces migrants qui risquent le passage, au péril de leur vie. Parce que c’est à ce prix qu’ils peuvent se sauver. D’un pays, d’une guerre, d’une famille, d’une misère. Pas d’être humain. Ça c’est partout. On reste un homme du début à la fin, aussi inhumain soit-on. Car c’est encore humain que de ne l’être pas.

En fait de séparation, la langue appelle ça la coordination : mais ou et donc or ni car. Séparer, séparer. On prône la séparation. Puis on s’émeut des réconciliations. Mais la séparation est un leurre. On ne peut que se croire séparer. Et on ne l’est jamais totalement ou définitivement.

Comme la liberté. A quoi bon la liberté, si c’est pour finir seul, ne plus rien négocier. La solitude tue le plus souvent. C’est de cela qu’ils crèvent les petits vieux rabougris qui n’intéressent plus personne parce qu’ils sont quasi des fantômes et qu’on a beau faire, la mort nous terrorise.

On ne veut rien savoir. On préfère laisser crever nos vieux ou les mettre en quarantaine dans des asiles pour vieux qu’on appelle maison de retraite. Retraite, c’est le cas de le dire : on les retire de la circulation. D’ailleurs en voiture ce sont des dangers publics. Au diable leur expérience de la vie, leur rapport à un monde révolus, éteints où l’on craignait les éléments, la nature comme Dieu.

Un monde où l’homme était petit, à sa juste taille. Ni géant, ni ogre.

Oui, je le dis, c’était mieux avant sous certains aspects. Les vieux n’avaient pas besoin de se faire respecter, on les respectait. On suivait la parole, c’était plus simple : tu honoreras ton père et ta mère. Tu feras cas de tes vieux donc.

Comment est la marée ? Est-elle haute ? Basse ? N’est-elle ni haute ni basse ? Y a-t-il des gens sur la grève ? J’aurais pu dire la mer, la mère, l’amer. Nous sommes si loin maintenant. Le paysage n’est plus le même. Si loin et. Jamais rentré de ce voyage.

Comme avec F., la Grèce nous aura éblouis. Ce voyage. Si l’on peut dire fatal. Fatal pour l’amour ou l’amitié comme on voudra : deux formes pour une seule et même chose.

Tuer l’autre en soi. L’autre trop proche, si bien qu’on ne le voit plus. Il nous happe comme on le happe. On revient à la horde dévoratrice. Au multiple en soi. A l’ogre ou à la pieuvre.

N’est-ce pas moi qui ne pardonne pas à F. ? Qui compte son temps tout le temps. De telle manière que j’ai toujours cru le voler. Définitivement, ne pas lui pardonner. De quoi ? Sa radinerie ? Sa sainte liberté ? Ses obsessions ?

Ne pas aussi tuer la vie.

Le père de mon fils peut-être m’aura transmis la rudesse, l’âpreté, la sécheresse de la loi, qui pose la limite. Une intolérance mesurée.

La tolérance absolue, comme l’espoir baissent les armes, laissent raide, un squelette froid, où il faut absolument l’élasticité de la peau, l’émotion qui vient habiter les traits et le réel qui fait des ravages.

Sur les os, la peau. La peau qui plisse, qui ride, fragile.

Qui es-tu toi pour tout me pardonner, m’absoudre de tous mes actes (et je ne dis pas manquement) ? Te prends-tu pour Dieu ? Un soldat de Dieu ? Crois-tu que tu as sa puissance ? Sa bonté ? Son omniscience ?

Et sur la peau, les tissus, les voiles. Tout ce qu’on pourra décider de retirer. Bien que ces langes nous montrent autant qu’ils nous cachent. Ce jeu de cache-cache, ce jeu joué par de si nombreux enfants ressemble à l’histoire de la vie : se cacher pour être découvert. Sinon, l’on est définitivement oublié. C’est le risque à trop bien se cacher.

Comme toute mécanique trop bien huilé. L’inédit n’y a pas place. Du moins s’il n’y avait pas l’accident. Sait-on jamais. C’est qu’on ne maîtrise pas tout. On ne pense pas à tout. Et comme on oublie. On perd.

R. vient de me raconter une histoire qui m’a faite rire : il a une voiture, c’est la voiture de sa mère. Sa mère morte. Il avait sa carte grise aussi. Une carte au nom de sa mère. Et cette carte, il en avait besoin pourquoi déjà ? Faire réparer la voiture peut-être ou même la détruire.

Et voilà, que dans son premier voyage – celui qui l’ouvre à un autre vagabondage qu’imaginaire –  il perd tous ses papiers, dont la carte grise. Un vagabond n’a pas de papier. Parfois pas même de nom.

Voilà deux ans qu’il est parti pour la première fois et voilà deux ans que la voiture est dans le jardin d’un « copain » comme il dit, je ne sais pas s’il emploie jamais le terme d’ami. Copain qui lui a mis un ultimatum : « virer la voiture du jardin. Maintenant. » Au moment où il rentre, reprend à son nom un appartement, doit rouvrir les cartons fermés il y a deux ans et trier.

Et bien sûr, pour couronner le tout, la voiture ne marche pas. Il ne peut pas simplement la déplacer du jardin.

Tu écris peut-être toi aussi. Présentement. Tu as dit que je serai dans ton prochain livre. Vois-tu tu seras aussi dans le mien, qui ne sera pas prochain mais premier.

A travers toi sans doute, je parlais à ma mère, je voulais sauver cette langue. Celle de la mère. Toi mort, voilà que c’est à toi que je parle. Dans une autre langue. Une langue à inventer. Qui serait le contraire d’une langue étrangère. Une langue du très familier. Une langue paternelle peut-être, au sens où elle tient la main pour affronter le monde.

Sortir de la gangue, de la bogue, du nid douillet, de la prison de l’intime pour l’horreur et l’étrangeté du monde, du dehors, de ce qui ne peut manquer d’être étranger pour le coup. Un pays définitivement étranger. Même le sien propre. On dit la France. Pas ma France. A moins d’être fou, ce qui sauve parfois. Parfois pas.

On sort tout nus pourtant. Je veux dire quand on sort de l’utérus. Tout l’air passe sur notre peau. C’en est fini du milieu liquide. De flotter. Désormais c’est tomber, soumis à la gravité.

Prendre le risque de faire soi-même ce que d’autres feraient tellement mieux que vous. C’est sûrement comme ça que toute chose commence. Une sorte de recopiage. Langue tirée.

Risquer. Risquer. Risquer. Encore et toujours. Chaque jour se réinventer. Sentir comme la première bouffée d’air emplir les poumons, des poumons tout neuf et près à se gonfler. Ce moment de flux et reflux, le sang, le cœur. Tout cela. Le sentir. Sentir le ressac. Comme un infini bercement.

Le bercement qui ne manquera pas de nous manquer, lorsque plus personne n’aura de bras assez forts assez grands pour nous faire nous sentir enveloppé et léger, au creux de la tendresse.
pêche miraculeuse
tu as pris un sourire
moi quelques larmes
c'est ainsi que l'arc vint au ciel
alliance et vigueur
et le sourire dans les larmes
et les larmes dans le sourire
on repose les petits canards sur l'eau
et les poissons revivent
un nuage est passé
comme une pensée
nous nous élançons dans l'eau
éclaboussant l'air
sur l'ô la planche
le toit du ciel
tout s'éclaire


J’ai eu si peu
Si peu de
Le temps
Le temps m’est
Il m’est compté
J’en ai eu
J’en ai si peu
Je vous assure
Je vous assure
Que le temps
Le temps file 
Il file
Des Parques 
Mesurant, filant, coupant
C’est assassin
Ces assassines
Elles nous tuent 
Nous ôte le mouvement
Le temps tue
Il tue
Je vous le dit 
Tout net
Il tue
Le temps
Et le lieu 
Le lieu tue
C'est l'espace

Tout nous tue
Même la mort
Même l’amour 
Nous écrase
Pas de hors-temps
De hors-champ
On se tue
Dès la naissance 
Et après la mort
Le cœur s'arrête
Mais le corps reste encore
Il reste encore 
Y croyez-vous 
Même après la mort
Se fondant 
Se redéployant matière 
Masse 
Au gré des jours 
Au gré des bêtes
De la terre 

C’est tuant
Ce sale temps 
Qui jamais
Pas un jour, une heure, une seconde
Non  
Ne... cesse 
Non
Pas un jour
Non pas de passer 
Au contraire 
Il ne s'arrête pas de rester
Le temps ne s'arrête pas 
D'être le temps
A la fois le même pour tous et différent 

De tout temps 
En aucun lieu

Pas même en vacances
Il ne s'arrête d'être la trame du mouvement
Du geste, de la coloration, de la lumière 
Ah ça, on peut prendre des photos
On peut prendre des souvenirs
On peut crouler sous les souvenirs
Crouler sous l’or
Pensant que le temps s’endort
Qu’on l’endormira bien
Dormira bientôt le temps 
Tu penses !
Pas de berceuse au temps 
Seulement des carabines de temps
Avec des cartouches de temps
Et les tirs de temps qui fusent 
Des carabiniers

Je vous le dis tout net
Le temps coule claque tourne 
S'égraine 
Sablier, métronome, horloge
Scande 
Mais douce jamais
D’accalmie jamais
Le temps court
Sans bavure, sans méfait
Il ne fait que passer

Ah ça ! il ne s’invite jamais plus que pour le café
Il ne reste jamais dîner
Dormir n’en parlons pas
Le temps marathone à fond 
Hypermoteur
Increvable moteur 
Qui fonce à tout va
Ne sieste jamais 

Il n'a pas le temps
Pressé qu'il est
Ou du moins impassible
Intransigeant

Il lui faut l’espace 
Il lui faut le temps

Le temps est liquide
Il est dans son cours
Sans aucun barrage qui vaille
Sans aucune lutte possible 
Si ce n'est dérisoire et risible
A quoi bon estomper les rides
Aucune étanchéité 
Aucun voyage
Aucune sortie du temps 
Le temps est
C’est l’oméga 
Il éclabousse tout
 
On dit qu'avec lui vient la sagesse 
La patience 
Et toutes les vertus 
Qui rendent un homme digne d'être un homme
On dit : "avec l'expérience, tu verras..."
Mais quelle vertu aurait le temps
Si ce n'est d'être le temps
Je le demande
 
Je ne dis pas le climat 
Je ne dis pas la météo
Ni même la mémoire 
Juste cette trame 
Sans plus 
Qui selon les points du globe 
Inclue plus ou moins de jour ou de nuit
De lune et de soleil 
Pris aux calendriers 
Et aux fêtes 
Aux anniversaires 
"Et la lumière fût"

La petite vieille était fatiguée
La petite vieille déprimait 
La petite vieille n'avait pas vu ses enfants depuis plusieurs jours 
Et le chien était mort
La petite vieille s'en prenait au temps  
A le sentir profond inscrit dans ses os  
C'était si cruel... 

Un autre jour elle eût été euphorique 
Rendant grâce aux heures bleues et vertes 
Aux retours des saisons 
De ses oiseaux chéris qu'elle nourrissait 
Et à ses fleurs qui toujours refleurissaient 

Ses émotions fluctuaient 
Comme celles d'une jeune fille 
Ainsi en était-il

je regardais l'eau


l'eau de la rivière
je la regardais
hypnotisée
je me suis penchée
j'ai dit à l'eau
j'ai dit :
enveloppe
veloppe
moi
prends moi
prends l'eau moi
et j'ai vu l'anguille
l'anguille en moi sinueuse
elle sinue
j'ai dit :
sinues monstre
ondule
onde ondule
monstre circonvolu
plombe
pleine les poches
plonge
j'ai dit :
bulle l'air
monstre
manque
l'air manque affreusement
j'ai dit :
colère pousse
j'ai dit comme la sirène l'arme la clarine des vaches aux naseaux fumants
l'immense bruit des cheminées
l'immense vibration
j'ai dit :
pousse pousse le cri
l'appel
pousse l'air manque
tu croyais que tu ne tenais pas à la vie
que tu ne poussais pas à la vie
à rien
tu croyais que tu ne croyais pas à l'amour
ne croyais pas
rien
ne croyais rien
noyade
tu te nois
des yeux si loin
les yeux d'Elsa
ceux si profonds
bleus ?
que je m'y noie
caverne sans toit sans fond sans ombres
ne te retourne pas
garde tes yeux pour toi
Elsa
ou d'autres
d'autres que moi
garde-les Elsa
garde les puits d'eau sombre, d'algues, de misères
petites misères comme nous
nous
Elsa
comme nous tous
on n'y échappe pas
pousse
ça pousse
ça bat
fort le cœur
l'antre, le rêve
ça t'assassine
trop grand
trop profond
puits
caverne sans fond
grotte sans bords sans mains sans galeries
grotte atrocement grotte
sans boyaux sans nerfs sans désert
sans bruyères et sans falaise
antre lisse
lit à cauchemars
draps rêches
lichens
écorce saigne
vacille et vocifère
pousse

texte écrit le 29 janvier à l'écoute des mondes, pièce électroacoustique de Pôm Bouvier B

les voeux oui

meilleurs vœux oui
veilleurs mieux oui
vaillants cieux oui
val heureux oui
et vieux os
Walkyrie
ris qui pleure
vache qui rit
tout en sueur non
quel malheur
veille qui meurt 
et meure qui vieille
vaille que vaille oui
(et nom de Dieu)
nous irons oui
jusqu'au lieu
et sans retour
l'aller simple
et l'allant
comment va
Malbrough
comme on peut
on ne peut mieux
ni pire
on va
pas plus mal
et meilleurs vœux oui
sans la guerre

les voeux de jcaj - solaris

https://www.youtube.com/watch?v=FcglyhUre4w

Afficher l'image d'origine 


 
les mots
les mots
pour ne pas
ne pas

boucle non
ne pas boucler
boucler la représentation
sans nom

la chose
chose
entend le son de ce mot
c h o s e

c'est comme
monstrueux
déchirure

les mots
oui
les mots
pour ne pas
ne pas

dans le noir non
ne pas sombrer
sous les paupières
et sans le cœur

on entend
sang
borborygmes

on a entendu
on a été tout près
des viscères

un corps dans un corps
une mise en abîme
encore

marin d'abord
stellaire encore
encore
matière
corps

des mots
les mots
pour ne pas

en morceau
les mots liens
la colle
les éléments en un

eauterrefeuair

décembre

et je délaisse l'espace
le fil
dilatation

je ne peux faire qu'échos
ricochets

ici
je rends hommage
je me souviens
de ces images
tiennes
pom finlande




pôm bouvier b

Cop21


Slogan intéressant pour nos dirigeants : "Changez les chaussettes, pas le climat !"

Afficher l'image d'origine

à tout feu



l’autre en moi
une étrangère
et toi tu coules
tu gis sur le sable
l’autre en moi
un homme
et toi tu coules
entre deux mers
deux frontières
je ne sais pas
les limites humaines
la folie
l’autre en moi
une chienne
et j’aboie
je mords
attention
on les laisse couler
ils n’ont pas droit à leur jeunesse
nous sommes fous
les fous disent que c’est nous
l’autre en moi
l’assassine
le laisse couler
le laisse crever
l’autre en moi va crever
s’il se fait trop homme
trop faible
mesquin
alors il tirera c’est sûr
il tirera à bout portant
à tout feu

SE PERDRE



se perdre

trouver une clairière
une berge aux hautes herbes

écarter ces hautes herbes
et la souffrance
pour l'entrevoir

on existera encore
dans cet entre
à épier

on ne sera pas quitte

si jamais on voulait aller

je reste

avant certains et après d’autres

un nœud jaloux
et je nage

le corps cale
la bouche
mais tout dire quoi ?
le langage seulement un morceau

morceau dit le manque

on ne voit pas le dos

la vision c’est celle dans le dos
celle qui manque
les yeux que l’on n’a pas

entier c’est autrement
par le souffle

le fleuve
celui où l’on glisse
se laisse glisser

le même fleuve

les mêmes remous
la même vague inquiétude
dans la plus grande des confiances

rêver des traversée

le même fleuve

ses méandres
ses marécages

le même lit

le limon
et les eaux coulent

et les mains moites

« ton désir coule dans tes mains, les liquéfie. »

« ton désir est ton Dieu. »

le désir comme un fleuve
moi comme un fleuve
le moi emporté

qu’est-ce qu’on oublie ?

être exister
respirer avoir le souffle coupé

« la paix se fait par petits bouts »

la mère ne dit rien

on s’enveloppe d’un ruban de givre

ce gouffre-là
là où l’on peut mourir et là où d’ailleurs l'on meurt

ailleurs les titans peuvent être éternels

suivre l’eau
trouver l’eau

la présence de l’eau

la peau douce

cela se tait

la vérité
la loi
le verbe
du divin

ce qui en l’homme dépasse l’homme

la liberté

des nappes d’été

toujours les horizons

secoués

des histoires de fantômes
l’homme
rien à sa mesure propre
sinon par miracle
une pomme

l’autre morceau de mon âme

ce qui est à jamais perdu
virginité
innocence

pureté

et pourquoi ne pas pleurer
ce sont mes chutes

regarder la pluie tomber en été
être seule
absolument seule

un enfant
c’est toujours un trou dans le réel
un regard qui transperce
une trouée
de la lumière
qui sait mieux que nous-mêmes

ce regard
ce trou là
ce manque en chair

le plein et le vide
l’inspire et l’expire
le mouvement même
les marées

rien ne s’efface
tout s’efface
rien ne commence
tout recommence

les vagues

les années

toujours l’été
les passions qui s’essoufflent

ce qui ne manquera pas de mourir

sans tempête
calme et têtu
serein

sans vent
sans vent


le territoire
la guerre

entre se défendre et attaquer
ces rares instants de grâce où tout paraît en paix

égal

regarde le ciel pour le comprendre
le passage des nuages
la lourdeur de certains jours

peser chaque mot
une folie

un jour
une seconde

une allée

Dieu seul sait à quel point c’est étrange

cette crevasse à l'intérieur
gouffre et ravin
où une vie s’abîme

nous sommes tombés

je suis tombée

la nature
ta nature

mais de nature en nous…

je rêve

douleurs exquises
légère contraction
creux à l’estomac

humilité

l’église reste toujours ouverte

l’important :

le sang me bat le corps
le cœur me bat les veines

contractions

l’église toujours ouverte
nuit noire

contraction de l’air
de la langue

parler
déglutir

passage d’un nuage
d’un éclair

l’étrange moment où tout paraît
seulement paraît
se suspendre
entre deux
milieu
silence
ennui

sans vent

le goût du sang
à se mordre la langue

l’odeur âcre de la transpiration
et aigre de la peur

les cheveux tirés

celles qui sont là
tapies
dedans
petites et grandes

le bruit de la rivière
plus que son scintillement

pas de vent

la rivière a remplacé la mer

il n'y a pas de vent