D’un tout petit espace
/ Le fil d’un horizon /
/ La lame qui tranche /
On peut sortir vivant
/ La cicatrice fait preuve /
/ L’horizon borde et suture /
D’un tout petit espace
/ Le repli du jour /
/ Épave d’orange au fond d’un seau bleu /
Ou mort
/ Murs de chaux, repoussés /
/ D’un tout petit espace /
/ Plus loin la mer brille et avale /
Un brasier, le bonheur
/ Une île inconnue apparaît quelquefois /
/ Les yeux, fermés /
/ D’un tout petit espace /
Se déplie, se déploie
/ Une peau, un satin qu’on lisse à l’infini /
/ On y associe une idée et une sensation /
/ La douceur /             
/ Un regard, une maladresse /
Du tout petit espace
/ Qui sépare le toi, le moi /
/ L’attente, du vent /
Peut naître l’amour
/ Parce que nous y serons exposés /
/ Comme les mains qu’on impose aux envoûtés /  
Ce tout petit espace
/ D’où chacun naît, où chacun meurt /
/ Fleuri d’épines quand les fleurs ont fané /
Ce tout petit espace où je me tais  

ouvrir fermer les bras pétrir




eaux de Toulouse





3



Intimacy

I repeat slowly
Tout bas
Intimacy
Dedans
Into
Dedans toi
S’empaler
Enter
Entrer
Pénétrer
S’enfoncer
Fucking enter
Real life
I repeat slowly
En silence
Real life
Here
Real life
À cet instant
Right now
Real life
A kind of intimacy
Un rapport
A split second
A lightening
Une échappée
Ça nous a échappé
Nous avons été proches
Close
Disclosed
Revealed
Cela apparaît
Nous nous aimons
We love each other
Tenderly
Confidently
Furiously
Stormy
In a contradictory manner
Sans concessions
On risque sa peau
A chaque instant
À s’aimer si fort
Se déchirer si fort
Lose our bones
And the heart
With the blood

Souvenir d'un dîner fracassant


2



poems in two langues
like swans
déployant deux ailes
hear the voices
2 voix
la blanche
the dark one
one says baby
l’autre se tait
écoute
and be silent be kind
si doux dans le silence
one is crying 
lost 
2 voices
really close
1 gorge
les pourquoi s’envolent
no why
marcher d’étoile en étoile
blowing dandelions
feeling black lions
innocence
blue the sky the sea
bleuis la nuit
with shadows with silence
the gost is gone
mon fantôme
beau fantôme
la chaleur de sa soie
after the storms
after ever
le sang des rêves
petit ruisseau crachant ses poissons
scales and bones
tiny bombs
gerbes d’eau nucléaire
death lights
phare aux aguets
elles attendent 
les deux voix
sitting on their hells
on hill forts slots
innombrables forteresses écarlates
fifty thousand grains of sand
volcan de misère
bouches ouvertes
less end
rescue
par lesquelles les flammes
les drames shakespeariens
par lesquelles
sortir
exit my mind
quitte-moi
by my mouth
poems into both tongues
langues serpentant tortueuses
downpour
rideau acqueux
as comic cross on the forehead
croix de frontispice
into pieces
simple lines
like simple words
sentences made with mere words
I hope
I pray
I live
I try
I find
j’aspire
j’adviens
j’éclos
je divulgue
je ravale
disclosure
révélations
when discretion is advised
is expected
be quiet
je te le dis avec amour tais-toi
those are mute hours
la voix qui parle aussi se tait
tout est calme
please be quiet
stay calm
open to all possibilities
the time will come
swallow everything
il engloutira tout
kind of mud
fangs of snakes
hooks
indestructible pupils
imperishable seers
chouettes aux portes de l’Enfer
même l’amour englouti
tout sera recouvert de boue
like a sheet of snow in the wind
or moon petals strewn on the ground
or giant chessboards filled with pawns
or soldiers upholstering the fields
armés d’ailes contre le néant
wings of desire
point limit at all to come
ce qui advient
ce qui jouit
become
both voices
soft tones
sweet sounds of deep oceans
je vais être le coton comme un nuage au fond de l’eau

no more

creek
freak out
greek
Zorba the greek
chorba
turban
tuba
battue
statue
States
Hates 
blanches haines
Blanche-Neige
7 swans
once
ongles
Saïgon
Jaïpur
pearl
Pearl Harbor
arborer
boréales
real aurores
râle
croule
crab
crabe
kraft
griffe
pommes frites
patatas
tâtons
Temptations
assomptions
somptueuse Eve
sève
safe
face
lake
the lady of the lake
Lucky Luck
strike
construction
stuc
truc
freluquet
popinjay
jais
jette
fête
fake
fuck
Puck
fuck
Midsummer night's dream
nightmares
some things we do
we dream
7 swans
les mots gris
between white and sand
while
voiles
clouds and forests
feeric mushrooms
a voice
twice
can't let him go
can't let him go
can't let him go
no more



Enfance




A Nîmes, les monuments étaient comme de très vieux aïeux, ruines de divinités, qui semblaient pouvoir reparaître d’un instant à l’autre : la maison carrée, le temple de Diane, la Tour Magne, les arènes, la porte de France… des pierres sans âges qui se découpaient sur fond de ciel immaculé, d’un bleu presque lavande tant la lumière du sud est crue. Petite dans ces espaces qui figuraient le passage d'un impensable temps, telle Diane, je devenais chasseresse.

Les jardins de la Fontaine... Je pouvais m’y perdre, passer des allées bordées de marronniers d’Inde au temple de Diane frais et ombragé, des différents canaux aux esplanades où crottaient les poneys, du nymphée central encadré de vases et de statues blanches au gigantesque double escaliers conduisant aux terrassements, au jardin de plantes méditerranéennes et à la tour Magne, tout en haut. Des heures durant, je classais les bogues de marrons en fonction de leur taille et de leur couleur. Je les alignais dans le sable de l’allée. J'avais la même fascination pour les dégradé de couleurs qui tachait le vert des feuilles quand l'automne arrivait.

pêche miraculeuse


tu as pris un sourire
moi quelques larmes
c'est ainsi que l'arc vint au ciel
alliance et vigueur
et le sourire dans les larmes
et les larmes dans le sourire
on repose les petits canards sur l'eau
et les poissons revivent
un nuage est passé
comme une pensée
nous nous élançons dans l'eau
éclaboussant l'air
sur l'ô la planche
le toit du ciel
un nuage est passé
nous mettons la tête sous l'eau
les poissons volent
nos cheveux sont des pieuvres
quand nous nous embrassons

je regardais l'eau


l'eau de la rivière
je la regardais
hypnotisée
je me suis penchée
j'ai dit à l'eau
j'ai dit :
enveloppe
veloppe
moi
prends moi
prends l'eau moi
et j'ai vu l'anguille
l'anguille en moi sinueuse
elle sinue
j'ai dit :
sinues monstre
ondule
onde ondule
monstre circonvolu
plombe
pleine les poches
plonge
j'ai dit :
bulle l'air
monstre
manque
l'air manque affreusement
j'ai dit :
colère pousse
j'ai dit comme la sirène l'arme la clarine des vaches aux naseaux fumants
l'immense bruit des cheminées
l'immense vibration
j'ai dit :
pousse pousse le cri
l'appel
pousse l'air manque
tu croyais que tu ne tenais pas à la vie
que tu ne poussais pas à la vie
à rien
tu croyais que tu ne croyais pas à l'amour
ne croyais pas
rien
ne croyais rien
noyade
tu te nois
des yeux si loin
les yeux d'Elsa
ceux si profonds
bleus ?
que je m'y noie
caverne sans toit sans fond sans ombres
ne te retourne pas
garde tes yeux pour toi
Elsa
ou d'autres
d'autres que moi
garde-les Elsa
garde les puits d'eau sombre, d'algues, de misères
petites misères comme nous
nous
Elsa
comme nous tous
on n'y échappe pas
pousse
ça pousse
ça bat
fort le cœur
l'antre, le rêve
ça t'assassine
trop grand
trop profond
puits
caverne sans fond
grotte sans bords sans mains sans galeries
grotte atrocement grotte
sans boyaux sans nerfs sans désert
sans bruyères et sans falaise
antre lisse
lit à cauchemars
draps rêches
lichens
écorce saigne
vacille et vocifère
pousse

texte écrit le 29 janvier à l'écoute des mondes, pièce électroacoustique de Pôm Bouvier B
les mots
les mots
pour ne pas
ne pas

boucle non
ne pas boucler
boucler la représentation
sans nom

la chose
chose
entend le son de ce mot
c h o s e

c'est comme
monstrueux
déchirure

les mots
oui
les mots
pour ne pas
ne pas

dans le noir non
ne pas sombrer
sous les paupières
et sans le cœur

on entend
sang
borborygmes

on a entendu
on a été tout près
des viscères

un corps dans un corps
une mise en abîme
encore

matière
corps

des mots
les morts
pour ne pas

en morceau
les mots liens
la colle
les éléments en un

décembre

et je délaisse l'espace
le fil
dilatation

je ne peux faire qu'échos
ricochets

ici
je rends hommage
je me souviens
de ces images
tiennes
pom finlande




pôm bouvier b

Cop21


Slogan intéressant pour nos dirigeants : "Changez les chaussettes, pas le climat !"

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Se perdre



se perdre

trouver une clairière
une berge aux hautes herbes

écarter ces hautes herbes
pour l'entrevoir

dans cet entre
à épier

on existera encore

je reste

avant certains et après d’autres

un nœud jaloux
et je nage

le corps cale
la bouche
mais tout dire quoi ?
le langage seulement un morceau

morceau dit le manque

on ne voit pas le dos

la vision c’est celle dans le dos
celle qui manque
les yeux que l’on n’a pas

entier c’est autrement
par le souffle

le fleuve
celui où l’on glisse
se laisse glisser

le même fleuve

les mêmes remous
la même vague inquiétude
dans la plus grande des confiances

rêver des traversée

le même fleuve

ses méandres
ses marécages

le même lit

le limon
et les eaux coulent

et les mains moites

« ton désir coule dans tes mains, les liquéfie. »

« ton désir est ton Dieu. »

le désir comme un fleuve
moi comme un fleuve
emportée

qu’est-ce qu’on oublie ?

être exister
respirer avoir le souffle coupé

« la paix se fait par petits bouts »

la mère ne dit rien

on s’enveloppe d’un ruban de givre

ce gouffre-là
là où l’on peut mourir et là où d’ailleurs l'on meurt

ailleurs les titans peuvent être éternels

suivre l’eau
trouver l’eau

la présence de l’eau

la peau douce

cela se tait

la vérité
la loi
le verbe du divin

ce qui en l’homme dépasse l’homme

la liberté

des nappes d’été

toujours les horizons

secoués

des histoires de fantômes
l’homme
rien à sa mesure propre
sinon par miracle
une pomme

l’autre morceau de mon âme

ce qui est à jamais perdu
virginité
innocence

pureté

et pourquoi ne pas pleurer
ce sont mes chutes

regarder la pluie tomber en été
être seule
absolument seule

un trou dans le réel
un regard qui transperce
une trouée
de la lumière
qui sait mieux que nous-mêmes

ce regard
ce trou là
ce manque en chair

le plein et le vide
l’inspire et l’expire
le mouvement même
les marées

rien ne s’efface
tout s’efface
rien ne commence
tout recommence

les vagues

les années

toujours l’été
les passions qui s’essoufflent

ce qui ne manquera pas de mourir

sans tempête
calme et têtu
serein

sans vent
sans vent

le territoire
entre se défendre et attaquer
ces rares instants de grâce où tout paraît en paix

égal

regarde le ciel pour le comprendre
le passage des nuages
la lourdeur de certains jours

peser chaque mot
une folie

un jour
une seconde

une allée

Dieu seul sait à quel point c’est étrange

cette crevasse à l'intérieur
gouffre et ravin
où une vie s’abîme

nous sommes tombés

je suis tombée

la nature
ta nature

mais de nature en nous…

je rêve

douleurs exquises
légère contraction
creux à l’estomac

humilité

l’église reste toujours ouverte

l’important :

le sang me bat le corps
le cœur me bat les veines

contractions

l’église toujours ouverte
nuit noire

contraction de l’air
de la langue

parler
déglutir

passage d’un nuage
d’un éclair

l’étrange moment où tout paraît
seulement paraît
se suspendre
entre deux
milieu
silence
ennui

sans vent

le goût du sang
à se mordre la langue

l’odeur âcre de la transpiration
et aigre de la peur

les cheveux tirés

celles qui sont là
tapies
dedans
petites et grandes

le bruit de la rivière
plus que son scintillement

pas de vent

la rivière a remplacé la mer

pas de vent

pas de vent



il n’y a pas de vent
l’air est pur
il n’y a pas de vent
la mer est limpide
la mer est étale
je sens l’iode
je sens l’air me traverser
l’air n’est jamais pur
rien n’est jamais pur
il faut quitter cette idée d’un amour pur
et de l’immaculé
il faut quitter cette idée de la douceur féminine
il faut quitter l’idée de la mort
qui elle-même ne meurt pas
il faut toujours tout quitter
et nous mourrons chaque jour
par je ne sais quelle imposition
nous passons
embryon
le corps à l'air
simple os sans plus de chair
passée dans le corps des vers
de la chair-ver
et des souvenirs dans le cœur d’une poignet
de passants
et maintenant les feuilles sont sortis, avec leurs trois palmes et les fruits, toujours verts, ont bien grandi. le ciel est immaculé comme la conception (ça laisse à dire), en tout cas le bout de ciel que je vois là. je vois aussi un vieil ouvrier aux beaux cheveux poivre et sel, qui, quand il se penche, fait un boucan de tous les diables. quand il se relève par contre, le bruit s'arrête miraculeusement et il parle à son collègue avec un accent léger. il pense aussi à ce qu'il mangera. malgré le bruit, c'est d'un calme. aujourd'hui, je pars à Gap. nous filerons sous le soleil.
des fruits minuscules décorent les branches nues du figuier. encore. un nouveau printemps.

virginia 2

And there is a dignity in people; a solitude; even between husband and wife a gulf; and that one must respect, thought Clarissa, watching him open the door; for one would not part with it oneself, or take it, against his will, from one’s husband, without losing one’s independence, one’s self-respect — something, after all, priceless.

Et il y a une dignité chez les gens ; une solitude ; même entre mari et femme, un gouffre ; et cela, on doit le respecter, pensa Clarissa, en le regardant ouvrir la porte ; car on ne saurait y renoncer soi-même, ou l’enlever à son mari contre sa volonté, sans y perdre sa propre indépendance, le respect de soi -  quelque chose, en somme, d'inestimable.