ouvrir fermer les bras pétrir




eaux de Toulouse





3



Intimacy

I repeat slowly
Tout bas
Intimacy
Dedans
Into
Dedans toi
S’empaler
Enter
Entrer
Pénétrer
S’enfoncer
Fucking enter
Real life
I repeat slowly
En silence
Real life
Here
Real life
À cet instant
Right now
Real life
A kind of intimacy
Un rapport
A split second
A lightening
Une échappée
Ça nous a échappé
Nous avons été proches
Close
Disclosed
Revealed
Cela apparaît
Nous nous aimons
We love each other
Tenderly
Confidently
Furiously
Stormy
In a contradictory manner
Sans concessions
On risque sa peau
A chaque instant
À s’aimer si fort
Se déchirer si fort
Lose our bones
And the heart
With the blood

Souvenir d'un dîner fracassant


2



poems in two langues
like swans
déployant deux ailes
hear the voices
2 voix
la blanche
the dark one
one says baby
l’autre se tait
écoute
and be silent be kind
si doux dans le silence
one is crying 
lost 
2 voices
really close
1 gorge
les pourquoi s’envolent
no why
marcher d’étoile en étoile
blowing dandelions
feeling black lions
innocence
blue the sky the sea
bleuis la nuit
with shadows with silence
the gost is gone
mon fantôme
beau fantôme
la chaleur de sa soie
after the storms
after ever
le sang des rêves
petit ruisseau crachant ses poissons
scales and bones
tiny bombs
gerbes d’eau nucléaire
death lights
phare aux aguets
elles attendent 
les deux voix
sitting on their hells
on hill forts slots
innombrables forteresses écarlates
fifty thousand grains of sand
volcan de misère
bouches ouvertes
less end
rescue
par lesquelles les flammes
les drames shakespeariens
par lesquelles
sortir
exit my mind
quitte-moi
by my mouth
poems into both tongues
langues serpentant tortueuses
downpour
rideau acqueux
as comic cross on the forehead
croix de frontispice
into pieces
simple lines
like simple words
sentences made with mere words
I hope
I pray
I live
I try
I find
j’aspire
j’adviens
j’éclos
je divulgue
je ravale
disclosure
révélations
when discretion is advised
is expected
be quiet
je te le dis avec amour tais-toi
those are mute hours
la voix qui parle aussi se tait
tout est calme
please be quiet
stay calm
open to all possibilities
the time will come
swallow everything
il engloutira tout
kind of mud
fangs of snakes
hooks
indestructible pupils
imperishable seers
chouettes aux portes de l’Enfer
même l’amour englouti
tout sera recouvert de boue
like a sheet of snow in the wind
or moon petals strewn on the ground
or giant chessboards filled with pawns
or soldiers upholstering the fields
armés d’ailes contre le néant
wings of desire
point limit at all to come
ce qui advient
ce qui jouit
become
both voices
soft tones
sweet sounds of deep oceans
je vais être le coton comme un nuage au fond de l’eau

no more

creek
freak out
greek
Zorba the greek
chorba
turban
tuba
battue
statue
States
Hates 
blanches haines
Blanche-Neige
7 swans
once
ongles
Saïgon
Jaïpur
pearl
Pearl Harbor
arborer
boréales
real aurores
râle
croule
crab
crabe
kraft
griffe
pommes frites
patatas
tâtons
Temptations
assomptions
somptueuse Eve
sève
safe
face
lake
the lady of the lake
Lucky Luck
strike
construction
stuc
truc
freluquet
popinjay
jais
jette
fête
fake
fuck
Puck
fuck
Midsummer night's dream
nightmares
some things we do
we dream
7 swans
les mots gris
between white and sand
while
voiles
clouds and forests
feeric mushrooms
a voice
twice
can't let him go
can't let him go
can't let him go
no more



Je vais être le coton comme un nuage au fond de l’eau (6)



Mes désirs donc, était-ce bien à toi que je les adressais ? Mes demandes et mes désirs. Vraie question. Ceux-ci bien tissés de mots. Désir et demande bien tissés de mets.

J’ai écrit mets à la place de mots. Les mets ou l’aimer ? Les tissages d’amour où la haine est toujours liée. Les tissages d’amour et de haine. Désirs et demandes tissés de mots d’amour et de haine.

Les mets sont les aliments apprêtés, préparés pour un repas. Les mots sont l’apprêt du désir. Ou l’après. Ils sont la signature du manque, de l’échec de la fusion, qui parfois aussi réussi. On reste alors collé, sans mots.

Les mots en pelote. Ce qui ne peut manquer d’apparaître, ce sont les nœuds. Les nœuds dans les pelotes de mots. Parfois bien serrées, les pelotes. Parfois trois bouts de laine, qui tiennent à peine. C’est selon.

Et les mets sans trop de sauce. C’est ainsi que je les prépare. Sans trop de sauce. Sans trop de liant.

Mets, c’est dish en anglais, on n’est pas loin de déchets. Les mots sont les déchets du désir. Ce que le désir abandonne. Donne en pâture au manque. Recyclage savant.

Je vais être le coton comme un nuage au fond de l’eau (5)



Prendre le risque de faire soi-même ce que d’autres feraient tellement mieux que vous. C’est sûrement comme ça que toute chose commence. Une sorte de recopiage. Langue tirée.

Moi, je voulais écrire. C’était un peu artificiel. Loin d’être une nécessité. Une vocation. C’était presque pour crâner ou pour me mesurer à A.

Risquer. Risquer. Risquer. Encore et toujours. Chaque jour se réinventer. Sentir comme la première bouffée d’air emplir les poumons, des poumons tout neuf et près à se gonfler. Ce moment de flux et reflux, le sang, le cœur. Tout cela. Le sentir. Sentir le ressac. Comme un infini bercement.

Le bercement qui ne manquera pas de nous manquer, lorsque plus personne n’aura de bras assez forts assez grands pour nous faire nous sentir enveloppé et léger, au creux de la tendresse.

Je vais être le coton comme un nuage au fond de l’eau (4)



Comment est la marée ? Est-elle haute ? Basse ? N’est-elle ni haute ni basse ? Y a-t-il des gens sur la grève ? Nous sommes si loin maintenant. Le paysage n’est plus le même. Si loin et. Jamais rentré de ce voyage. Ce voyage à mort.

Qu’ai-je donc à te dire, à toi ? Je voudrais que ce soit à toi que je parle, que j’écrive.

Ce ne peut être que décousu car je n’ai pas l’intention de faire de récit de ta vie, de ma vie, de notre vie. La chronologie m’ennuie ou pire devient une obsession. Comme si le temps était linéaire. Il vire parfois à la tornade, au typhon, un enroulement sur quoi ? Un œil furibond. Erica, Katrina, Mitch, Sandy… Des noms dignes des pires séries.

Fin du voyage. Lessivés, trempés, les oreilles qui sifflent.

Nous nous retrouvions dans des appartements étrangers, prêtés par tes amis. Nous faisions l’amour. Tu cuisinais des poivrons rouges et des artichauts. Je te rejoignais où tu étais et je ne restais pas. Je repartais. J’arrivais à cette époque à ne rien désirer de plus que ces appartements interchangeables où nous laissions des plis dans des draps où d’autres dormaient.

Tu me donnais des livres. Je me souviens de Duras.

J’étais éblouie. Je t’aimais.

Comme avec F., la Grèce nous aura éblouis. Ce voyage. Si l’on peut dire fatal. Fatal pour l’amour ou l’amitié comme on voudra. Il disait la mer comme une plaque de métal. Assommant.

Tuer l’autre en soi. L’assommer. L’autre trop proche, si bien qu’on ne le voit plus. Il nous happe comme on le happe. On revient à la horde dévoratrice. Au multiple en soi. A l’ogre ou à la pieuvre. Et pourtant l’autre s’échappe toujours. Échappe toujours à une sainte et pleine compréhension. Il y a un écart. Un angle mort.

Je vais être le coton comme un nuage au fond de l’eau (3)



La communication non violente préconise de remplacer les « mais » par des « et ». Des « haies » bien entretenues. Rien qui ne dépasse. Des séparations franches – quand bien même le travail de coupe est à refaire perpétuellement.

Une chose ET une autre. Ma maison ET celle du voisin. Une haie entre les deux.

Parfois, comme chez mes grands-parents, un miracle ouvre un portillon pour communiquer d’une maison à l’autre. C’était d’autant plus appréciable, qu’à côté il y avait une piscine. Là, on pouvait dire : la maison de mes grands-parents MAIS la maison de M. et R.

Ce portillon je m’en rappelle d’autant mieux, que c’est au travers de son grillage que j’ai fait tomber le caillou sur la patte du chien de M. et R. Laquelle patte s’est brisée net. Le chien poussait de terribles cris, qui alertèrent tout le monde. Je pris une bonne rouste. Laquelle fut administrée d’une main de maître, de militaire, par mon grand-père G..

Je ne vois pas pourquoi il faudrait rejeter un mot comme ça, pour sa soi-disant violence. Le MAIS introduit une opposition, une différence, qui existe. Pouvoir la nommer permet de la voir. Une chose mais une autre. Autrement dit une ambivalence. Une chose pas toute.

Comme si tout était simplement séparé, simplement à côté. Il y a des fusions et des confusions. Des phagocytes. Des cannibalismes. Des absorptions et des digestions. Des rejets. Des déplacements.

On sait ce que valent les séparations, toutes les frontières humaines : de simples essais. Rarement de franches murailles. Mais Berlin, mais la Chine. Pas d’éternité de frontière bien plus imaginaire que réelle. Parfois une ligne, un chemin, un ruisseau. Pourtant certaines barrières imaginaires sont plus solides que celle du garde barrière.

S’il faut des gardes, c’est que la barrière, la frontière ne se suffit pas à elle-même.

La nature nous rappelle qu’à chaque instant, elle peut reprendre ses droits. Un peu d’inattention, de laisser-aller et c’est l’ensevelissement lent mais certain.

Je vais être le coton comme un nuage au fond de l’eau (2)



Maintenant que tu es mort, que tu as la mort pour toi, je peux te parler. Je n’ai pas de mort à qui parler car autour de moi, tous sont restés vivants. C’est donc aux vivants que je parle. Maintenant, comme mort, j’ai toi à qui parler.

Et je pense au fond, qu’on ne peut pas se passer de parler aux morts. De rester liés à cet autre monde, si bas, si haut. L’autre bord du fleuve, l'autre côté du miroir, l'autre part de nous-mêmes. Partage des eaux.

Nos morts. Une part qui reste vivante. Et nous en morceau de morts portant la vie. Cette part qui suinte de l’autre, celui qui manque. Celui qui n’est plus là. On s’y fait et on ne s’y fait pas. On vit avec. C’est le dépeuplement de Lamartine.

Ici c’est une mort particulière. Une mort annoncée. La mort d’une relation d’amour. Qui en rien n’achève l’amour. Une séparation.

Le pouvais-je avant ? Te parler ? Du temps de ta vie en moi. Du temps de ta plantation de coton en moi. Je dis en moi et pas à côté de moi, où tu étais si peu.

Vraie question. Est-ce bien à toi que j’adressais mes demandes, mon désir ? D’ailleurs, je ne devrais pas dire parler maintenant mais écrire, ce qui n’est pas la même chose.

Parce que je t’écris comme on s’écrit à soi-même. A cette part vivante en soi, incorporée. Transsubstantiation. Aucune réponse n’est attendue si ce n’est par signes. Il n’y a d’ailleurs aucune vraie question, où alors si floue qu’on l’a oubliée.

J’écris dans un vide qui s’est ouvert en moi et qui ne se refermera pas. Pas même quand le point final de cet écrit sera posé. Que j’arrêterai d’écrire. Que je passerai au texte suivant. Ou que je cesserai d’écrire.

On ne peut qu’essayer de raconter la fin d’une histoire d’amour. Alors il faut parler du début. Quand cela a-t-il vraiment commencé ?

Je vais être le coton comme un nuage au fond de l’eau




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A Nîmes, les monuments étaient comme de très vieux aïeux, ruines de divinités, qui semblaient pouvoir reparaître d’un instant à l’autre : la maison carrée, le temple de Diane, la Tour Magne, les arènes, la porte de France… des pierres sans âges qui se découpaient sur fond de ciel immaculé, d’un bleu presque lavande tant la lumière du sud est crue. Petite dans ces espaces qui figuraient le passage d'un impensable temps, telle Diane, je devenais chasseresse.

Les jardins de la Fontaine faisaient partie du pèlerinage habituel des samedis de mon enfance. Je pouvais m’y perdre, passer des allées bordées de marronniers d’Inde au temple de Diane frais et ombragé, des différents canaux aux esplanades où crottaient les poneys, du nymphée central encadré de vases et de statues blanches au gigantesque double escaliers conduisant aux terrassements, au jardin de plantes méditerranéennes et à la tour Magne, tout en haut. Des heures durant, je classais les bogues de marrons en fonction de leur taille et de leur couleur. Je les alignais dans le sable de l’allée. J'avais la même fascination pour les dégradé de couleurs qui tachait le vert des feuilles quand l'automne arrivait.

C’est sur l’avenue qui mène à ces jardins, qu’un jour de froid soleil, la maladie s’est déclarée. J’avais 8 ans, j’étais dans la classe de Madame A. D’un coup, mes hanches sont devenues douloureuses et mes jambes n’ont plus pu me porter. Je me souviens d’être restée un moment seule à la maison, dans le lit de ma mère et d’avoir du me traîner sur les coudes pour atteindre les toilettes. A retour, épuisée de rage et de honte, j’avais fini sur la moquette, à me masturber. Je pensais que cela me guérirait. J’oubliais un moment la douleur.

Puis, on m’a bandé intégralement les jambes pour y faire passer des poids, de manière à les maintenir en extension permanente. C’est ainsi alitée et jambes emmaillotées que j’ai fait mon entrée dans la petite classe de monstres du bâtiment Maguelone au centre de rééducation de Palavas les Flots. Ses portes fenêtres donnaient sur la mer. Notre cour de récréation, c’était la plage.

Je dis classe de monstres, parce qu'on avait tous un pète quelque part, au casque ou au corps. S'y côtoyaient des enfants du centre de rééducation et des enfants en échec scolaire. C’est dans cette classe, que j’ai eu mon premier émoi amoureux. Il s’appelait A. Il avait les cheveux frisés. Il était des cancres. J’ai compris là sans doute que j’étais une fille et lui un garçon. J’ai choisi mon sexe. Avant cela, je n’étais ni fille, ni garçon. Ma mère m’habillait en unisexe et j’avais la coupe au bol.

pêche miraculeuse


tu as pris un sourire
moi quelques larmes
c'est ainsi que l'arc vint au ciel
alliance et vigueur
et le sourire dans les larmes
et les larmes dans le sourire
on repose les petits canards sur l'eau
et les poissons revivent
un nuage est passé
comme une pensée
nous nous élançons dans l'eau
éclaboussant l'air
sur l'ô la planche
le toit du ciel
un nuage est passé
nous mettons la tête sous l'eau
les poissons volent
nos cheveux sont des pieuvres
quand nous nous embrassons

je regardais l'eau


l'eau de la rivière
je la regardais
hypnotisée
je me suis penchée
j'ai dit à l'eau
j'ai dit :
enveloppe
veloppe
moi
prends moi
prends l'eau moi
et j'ai vu l'anguille
l'anguille en moi sinueuse
elle sinue
j'ai dit :
sinues monstre
ondule
onde ondule
monstre circonvolu
plombe
pleine les poches
plonge
j'ai dit :
bulle l'air
monstre
manque
l'air manque affreusement
j'ai dit :
colère pousse
j'ai dit comme la sirène l'arme la clarine des vaches aux naseaux fumants
l'immense bruit des cheminées
l'immense vibration
j'ai dit :
pousse pousse le cri
l'appel
pousse l'air manque
tu croyais que tu ne tenais pas à la vie
que tu ne poussais pas à la vie
à rien
tu croyais que tu ne croyais pas à l'amour
ne croyais pas
rien
ne croyais rien
noyade
tu te nois
des yeux si loin
les yeux d'Elsa
ceux si profonds
bleus ?
que je m'y noie
caverne sans toit sans fond sans ombres
ne te retourne pas
garde tes yeux pour toi
Elsa
ou d'autres
d'autres que moi
garde-les Elsa
garde les puits d'eau sombre, d'algues, de misères
petites misères comme nous
nous
Elsa
comme nous tous
on n'y échappe pas
pousse
ça pousse
ça bat
fort le cœur
l'antre, le rêve
ça t'assassine
trop grand
trop profond
puits
caverne sans fond
grotte sans bords sans mains sans galeries
grotte atrocement grotte
sans boyaux sans nerfs sans désert
sans bruyères et sans falaise
antre lisse
lit à cauchemars
draps rêches
lichens
écorce saigne
vacille et vocifère
pousse

texte écrit le 29 janvier à l'écoute des mondes, pièce électroacoustique de Pôm Bouvier B

les voeux oui

meilleurs vœux oui
veilleurs mieux oui
vaillants cieux oui
val heureux oui
et vieux os
Walkyrie
ris qui pleure
vache qui rit
tout en sueur non
quel malheur
veille qui meurt 
et meure qui vieille
vaille que vaille oui
(et nom de Dieu)
nous irons oui
jusqu'au lieu
et sans retour
l'aller simple
et l'allant
comment va
Malbrough
comme on peut
on ne peut mieux
ni pire
on va
pas plus mal
et meilleurs vœux oui
sans la guerre

les voeux de jcaj - solaris

https://www.youtube.com/watch?v=FcglyhUre4w

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les mots
les mots
pour ne pas
ne pas

boucle non
ne pas boucler
boucler la représentation
sans nom

la chose
chose
entend le son de ce mot
c h o s e

c'est comme
monstrueux
déchirure

les mots
oui
les mots
pour ne pas
ne pas

dans le noir non
ne pas sombrer
sous les paupières
et sans le cœur

on entend
sang
borborygmes

on a entendu
on a été tout près
des viscères

un corps dans un corps
une mise en abîme
encore

marin d'abord
stellaire encore
encore
matière
corps

des mots
les mots
pour ne pas

en morceau
les mots liens
la colle
les éléments en un

eauterrefeuair

décembre

et je délaisse l'espace
le fil
dilatation

je ne peux faire qu'échos
ricochets

ici
je rends hommage
je me souviens
de ces images
tiennes
pom finlande




pôm bouvier b